Le commentaire que j'ai à apporter sur ces derniers jours est : merci bien, nous avons une polémique dans le cyclisme qui n'a rien à voir avec le dopage... Et, pour être assez franc, ce fait est dû aux efforts d'équipes comme Colombia-High Road et de coureurs comme Mark Cavendish". En deux phrases saumâtres postées sur Twitter, Jonathan Vaughters a répondu dimanche après-midi aux propos assassins du sprinter britannique. Jeudi, devant un petit cercle de journalistes, Cavendish avait dégainé: "Le Giro compte 21 jours et je pense que c'est irrespectueux si votre course commence le premier jour et se termine le premier jour. C'est fondamentalement ce que fait Garmin. [...] [Les sponsors] versent de l'argent depuis six mois et je pense que c'est hautement irrespectueux de dire que leur saison commence demain". Samedi, il avait apporté une petite précision : "Ce que j'ai dit était adressé à Jonathan Vaughters". Le même jour, il décrochait le premier maillot rose du Giro, à la faveur du chrono par équipe. Columbia venait de battre Garmin de six secondes...
CAVENDISH S'ESTIME HUMILIE AUX J.O. A CAUSE DE WIGGINS
La guerre entre les deux formations fait rage sur le vélo et par médias interposés. Dès dimanche, les coureurs de Vaughters ont demandé des comptes à Cavendish. Poliment, pour éviter de se retrouver au fossé. Le soir même, ils tentaient d'éteindre la polémique sur des sites internet anglo-saxons. "On sait tous comment est Cav' ", a plaisanté David Millar. Christian Vande Velde a trouvé une excuse : "Il est si jeune". Dans le camp de Columbia, les coureurs essayaient eux aussi de désamorcer le conflit. Marco Pinotti jouait ainsi à l'ambassadeur de l'ONU : "Il y a un grand respect et même de l'amitié entre les deux équipes". Les conciliateurs de tous bords sauvaient la face de leur employeur respectif mais aussi leur avenir personnel : Millar fait l'objet de fortes pressions pour devenir un jour le coéquipier de Cavendish chez Sky Team, et Pinotti pourrait quitter Columbia en 2010... Quant à Bob Stapleton, il s'est enfermé dans un silence assourdissant. Tout juste les dirigeants de Cavendish ont-ils reconnu la tournure fougueuse et intempestive de ses sorties dans la presse. A aucun moment ils ne s'en sont désolidarisés.
Le scud de Venise est un détonateur. Il révèle à la fois un contentieux du sprinteur de l'Ile de Man avec son ancien coéquipier Brad Wiggins, mais surtout une rivalité croissante entre les deux formations ProTour américaines. La discorde personnelle d'abord. Depuis les Jeux olympiques de Pékin, Cavendish et Wiggins s'ignorent autant que possible. Le premier tient le second pour responsable d'un échec cuisant dans la course à l'américaine. "Brad" souffrait alors de douleurs au dos. Et "Cav" rata sa médaille olympique. Il était le seul pistard britannique à rentrer bredouille. Une humiliation immense. Selon nos informations, British Cycling avait promis à ses athlètes d'offrir une place en première classe sur le vol retour à tous ceux qui seraient montés sur un podium. Mark Cavendish a failli faire le voyage seul en classe économique tandis que ses copains sablaient le champagne. Il ne fut invité à monter à l'avant de l'appareil qu'au dernier moment. Le divorce était consommé avec Wiggins, qui l'a quitté cet hiver pour rejoindre le Team Garmin.
STAPLETON : "GARMIN N'EST PAS UNE BONNE EQUIPE POUR UN JEUNE !"
D'autres rivalités, plus discrètes, opposent les managers des deux équipes. Vaughters et Stapleton ont monté l'équipe du début avec leurs deniers personnels, nourrissent aujourd'hui une même passion pour les jeunes talents, martèlent un même credo éthique... Ils se ressemblent, peut-être trop. En août dernier, www.cyclismag.com s'entretenait avec Bob Stapleton au départ de la Clasica San Sebastian. La discussion portait sur Craig Lewis, un coureur de 23 ans qui avait auparavant roulé chez Tiaa-Cref, la première équipe de Jonathan Vaughters. Le patron du Team Columbia soutenait que Lewis pourrait un jour compter parmi ses leaders, à l'image de Kanstantsin Siutsou. Comment ? Lewis ? "Oui, oui, il a du talent !", assénait Stapleton. Mais pourquoi diable réussirait-il chez Columbia alors qu'il pataugeait chez Tiaa-Cref ? "Parce que Garmin n'est pas une bonne équipe pour un jeune !"
On a sursauté. Stapleton n'est pas vraiment un adepte des coups d'estoc, même portés à fleuret moucheté. Il insistait : "Chez Garmin, personne ne progresse. Quels noms ont-ils fait sortir ? Combien ont-ils de victoires ? On en a beaucoup plus qu'eux". Il y avait, à cet instant-là, de la gourmandise chez le manager de Columbia, qui prenait le temps de choisir ses armes pour dézinguer l'adversaire. Il avait opté ce coup-ci pour la mauvaise foi : le compteur de victoires de Columbia était certes plus élevé, mais en large partie grâce à un effectif de sprinters. "Ah vous croyez ?" s'amusait Stapleton.
John Devine, recruté en même temps que Craig Lewis, n'a pas été conservé en 2009. Lorsqu'il fut discrètement viré pour incompatibilité d'humeur, il se tourna vers Jonathan Vaughters et réclama l'asile politique. En vain : à 23 ans, le lauréat de la Ronde de l'Isard 2007 reste sans employeur. La plupart des autres jeunes aux Etats-Unis profitent de la compétition entre Garmin et Columbia. Les deux équipes tenant à leur quota d'Américains, si possible de grand talent, elles préemptent les espoirs du pays chacune à sa façon. Jonathan Vaughters a créé sa réserve continentale, Holowesko Partners/Felt, avec dix coureurs. Bob Stapleton, lui, s'en remet à la fédération nationale et à sa sélection espoir qui dispute des épreuves relevées en Europe. Il a d'ailleurs passé un accord avec US Cycling... tout comme Jonathan Vaughters.
LES DEUX EQUIPES SE BATTENT POUR LES SPONSORS AUX ETATS-UNIS
Au fond, la controverse sur l'"irrespect" de Jonathan Vaughters n'a effectivement "rien à voir avec le dopage". Elle concerne le leadership cycliste aux Etats-Unis, ni plus ni moins ! Columbia et Garmin ont pu cohabiter pacifiquement jusqu'à l'été dernier. Les deux équipes pouvaient s'entendre avec le même laboratoire de contrôles antidopage interne, ACE. Mais sur le Tour de France 2008, Columbia Sportswear Company, le nouveau partenaire de Stapleton a fait basculer l'identité de l'équipe. Héritière de la Deutsche Telekom, elle a troqué son pavillon allemand pour la bannière des Etats-Unis. Dans le même temps, Slipstream Sports accueillait un nouveau sponsor principal, américain lui aussi : Garmin. Et l'équipe activait les pourparlers avec l'UCI pour accéder au ProTour en 2009. Columbia et Garmin jouent désormais dans la même catégorie et sur le même territoire.
La semaine passée, en plein Tour d'Italie, Bob Stapleton a révélé qu'il prospectait un co-partenaire. Columbia ne s'est engagée que jusqu'à fin 2010. Le manager espère prolonger jusqu'à 2012. Mais il démarche. Au cas où. Son bassin de recherche : le même que le Team Garmin, qui emploie plusieurs permanents pour le développement de partenariats à son siège de Boulder (Colorado). Malgré la taille du pays, la concurrence est très rude. Quand Stapleton habille pour l'après-course son effectif avec les vêtements Hincapie (et aujourd'hui Columbia), Vaughters sue à grosses gouttes pour retrouver un fournisseur de T-shirt. L'entreprise qui l'équipait l'an passé a fait faillite avec la crise.
classement de l'étape:
1 E.BOASSON HAGEN (THR) 5h56'53"
2 R.HUNTER (BAR) m.t.
3 P.BRUTT (KAT) m.t.
4 D.VIGANO (FUJ) m.t.
5 A.BERTOLINI (SDA) m.t.
6 A.GRIVKO (ISD) à 31"
7 M.GOSS (SAX) à 40"
8 A.DAVIS (QST) m.t.
9 R.FORSTER (MRM) m.t.
10 B.SWIFT (KAT) m.t.
11 M.CAVENDISH (THR) m.t.
12 F.GAVAZZI (LAM) m.t.
13 T.FARRAR (GRM) m.t.
14 S.HINAULT (ALM) m.t.
15 A.PETACCHI (LPR) m.t.
16 A.SEROV (KAT) m.t.
17 E.VORGANOV (KGZ) m.t.
18 S.HADDOU (BBO) m.t.
19 M.MORI (LAM) m.t.
20 T.ROHREGGER (MRM) m.t.
21 P.TIRALONGO (LAM) m.t.
22 Y.POPOVYCH (AST) m.t.
23 O.GATTO (ISD) m.t.
24 J.HAEDO (SAX) m.t.
25 T.LOVKVIST (THR) m.t.
26 M.ROGERS (THR) m.t.
27 P.JACOBS (SIL) m.t.
28 S.MARTINEZ (KGZ) m.t.
29 C.HORNER (AST) m.t.
30 D.DEVENYNS (QST) m.t.
142 L.ARMSTRONG (AST) à 58"
classement général:
1 D.DI LUCA (LPR) 33h13'35"
2 T.LOVKVIST (THR) à 13"
3 M.ROGERS (THR) à 44"
4 L.LEIPHEIMER (AST) à 51"
5 D.MENCHOV (RAB) à 58"
6 I.BASSO (LIQ) à 1'14"
7 C.SASTRE (CTT) à 1'24"
8 C.HORNER (AST) à 1'25"
9 F.PELLIZOTTI (LIQ) à 1'35"
10 D.ARROYO (GCE) à 1'49"
11 G.SIMONI (SDA) à 2'09"
12 Y.POPOVYCH (AST) à 2'38"
13 T.VALJAVEC (ALM) à 2'44"
14 L.TEN DAM (RAB) à 2'49"
15 K.SEELDRAYERS (QST) à 2'57"
16 K.SIUTSOU (THR) à 3'02"
17 F.CARDENAS (BAR) à 3'03"
18 J.RODRIGUEZ (GCE) à 3'09"
19 T.ROHREGGER (MRM) à 3'23"
20 M.BRUSEGHIN (LAM) à 3'24"
21 D.CUNEGO (LAM) à 3'37"
22 G.BOSISIO (LPR) à 3'39"
23 F.KESSIAKOFF (FUJ) à 3'59"
24 J.RODRIGUEZ (SDA) à 4'18"
25 L.ARMSTRONG (AST) à 4'39"
26 L.BERTAGNOLLI (AMI) m.t.
27 B.WIGGINS (GRM) à 4'45"
28 M.SOLER (BAR) à 5'12"
29 D.CIONI (ISD) à 5'17"
30 J.BRAJKOVIC (AST) à 5'20"
60 B.SONNERY (ALM) à 24'58"